Mémorial de la Shoah

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Conférence. Honorer Georges Perec : l’empreinte de la Shoah

En partenariat avec la librairie les Temps Modernes et l’association Guillaume-Budé, le Cercil a le plaisir de recevoir Claude Burgelin pour aborder la figure de Georges Perec.

L’empreinte de la Shoah dans l’œuvre de Perec… Elle est fondatrice de sa vie comme de ses choix d’écriture. Mais comme insaisissable, informulable. Jamais dite frontalement, mais seulement par des obliques, des métaphores. Abordée par un biais inattendu avec la fable de la lettre impossible à énoncer et qui voue à la mort, qui tente de le faire (La Disparition). Venant faire naître la parabole de l’île W, l’île vouée à ma compétition sportive où la négation de toute loi aboutit à un déferlement de massacres (W ou le souvenir d’enfance). À regarder de près les textes de Perec, on s’aperçoit que les allusions aux camps, à l’anéantissement programmé les constellent ou en sont la source. De sa judéité, il a pu dire dans Ellis Island comment, faute de transmission, elle l’avait voué à la condition de juif errant loin d’elle.
« Je sais que ce que je dis est rien. » L’œuvre de Perec renvoie toujours au silence qui la fonde (« le scandale de mon silence »). Paradoxe pour celui qui n’a cessé de travailler la matière verbale, d’en jouer, d’en faire rire, d’en faire danser les vingt-six lettres. Mais il ne cesse de tourner autour de la souffrance d’une « parole absente à l’écriture ». Passionnantes sont les voies qu’il a cherchées pour retrouver quelque chose de cette « parole » qui se confronte sans cesse à son impossibilité. Comment dire une enfance engloutie, une vie brisée, comme larguée dès l’origine, un tourment inapaisable – et en même temps le bonheur d’écrire, de s’accrocher aux ressources de la langue et, par là, de construire, de reconstruire (La Vie mode d’emploi) ?

Claude Burgelin est professeur émérite de littérature (université Lyon 2). Il a travaillé essentiellement sur la littérature contemporaine. Notamment sur l’œuvre de Georges Perec : Georges Perec, Seuil, 1988 ; Les Parties de dominos chez Monsieur Lefèvre, Perec avec Freud, Perec contre Freud, Circé, 1996 ; album Perec dans la Pléiade, 2017. Il a contribué à l’édition de plusieurs de ses textes aux éditions du Seuil (LG, une aventure des années soixante ; Le Condottière ; L’Attentat de Sarajevo…) et cette année, à celle de Lieux.


En partenariat avec la librairie Les Temps Modernes et l’association Guillaume-Budé pour son cycle de conférences « Honorer ».
Entrée libre, réservation conseillée : 02 38 42 03 91 ou cercil@memorialdelashoah.org 

Il y a 80 ans, la rafle du billet vert…

Conférence numérique du vendredi 14 mai, par Lior Lalieu-Smadja, responsable de la photothèque du Mémorial de la Shoah Paris et Catherine Thion, docteure en histoire.

Il y a quelques mois, près de 80 ans après les faits, des collectionneurs ont fait une découverte majeure : 98 photos totalement inconnues de la rafle dite du « billet vert », première arrestation massive de Juifs étrangers à Paris les 14 et 15 mai 1941.
Ces documents iconographiques exceptionnels sont constitués de cinq pellicules photos, prises par les services de propagande allemands, attestant de scènes que nous ne connaissions jusqu’à présent qu’à travers les témoignages des survivants ou des familles des personnes arrêtées. Elles donnent à voir le parcours de ces hommes du gymnase Japy à l’adieu aux familles, de l’embarquement dans les autobus pour la gare d’Austerlitz, jusqu’à l’arrivée au camp de Pithiviers. À ces photos viennent s’ajouter, la découverte d’un mini reportage filmé. Comment les équipes ont-elles travaillé pour retrouver l’auteur de ces images et les authentifier ? Quel éclairage ces nouveaux éléments apportent-il sur la question de la solution finale en France et en quoi la découverte de ces nouvelles images est-elle importante 80 ans après ces événements ?
Ce fonds exceptionnel a désormais rejoint les collections du Mémorial de la Shoah.

Modération : Annaïg Lefeuvre, responsable du Cercil.