Mémorial de la Shoah

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Hommage à Hélène Mouchard-Zay

Hélène Mouchard-Zay, présidente fondatrice du CERCIL – Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv, est décédée lundi 2 mars à Orléans, à l’âge de 85 ans.

Hélène Zay est née le 27 août 1940 à Rabat au Maroc, 10 jours après l’arrestation de son père Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts de 1936 à 1939. Condamné par le régime de Vichy parce que résistant et dénoncé comme juif, Jean Zay est assassiné par la milice le 20 juin 1944. Hélène n’a connu son père qu’en prison. Elle le rencontre pour la première fois à l’âge de 9 mois, avec sa mère Madeleine et sa sœur aînée Catherine.

Revenue vivre à Orléans à la Libération avec sa famille, Hélène réussit l’agrégation de Lettres classiques et devient enseignante à la fin des années soixante, dans le secondaire puis à l’Université d’Orléans.

De 1989 à 2001, elle est déléguée, puis adjointe chargée de l’éducation, de la jeunesse et des droits de l’homme auprès du maire socialiste d’Orléans Jean-Pierre Sueur. 

L’année 1990 marque un basculement. Nouvellement élue, Hélène prend la mesure de l’ignorance, voire de l’indifférence avec laquelle le sort des Juifs dans les camps de Pithiviers et de Beaune la Rolande sont perçus. Au même moment, la profanation du cimetière juif de Carpentras marque un véritable choc, témoignant de la persistance et de la violence de l’antisémitisme.

Avec Eliane Klein, Hélène fonde en 1991 le Centre d’études et de recherches sur les camps d’internement du Loiret (Cercil), créant une première exposition en 1992 inaugurée à Orléans par Simone Veil. Le CERCIL vise à écrire et promouvoir une histoire globale de ces camps dans le contexte de la politique antijuive du IIIe Reich et du régime de Vichy, depuis leur ouverture en mai 1941 jusqu’à l’arrivée des familles du Vel d’Hiv en insistant sur le sort tragique des 4 115 enfants juifs, « paroxysme de la solution finale en France » selon Serge Klarsfeld ; le CERCIL qui intègre également l’histoire du camp pour nomades de Jargeau.

Hélène sera la directrice puis la présidente du Cercil – Musée mémorial des enfants du Vel d’Hiv, de 1992 à 2019, conduisant notamment la création du Musée en 2011 dans une ancienne école au centre d’Orléans.

Afin d’assurer la pérennité du CERCIL, elle initie son intégration au sein du Mémorial de la Shoah, instituée en 2018.

Parallèlement, Hélène s’attache à la perpétuation de la mémoire et de l’œuvre de son père, entré au Panthéon en 2015, contribuant notamment à l’édition et à la publication de ses écrits.

Hélène était vice-présidente du Cercle Jean Zay, membre du bureau de l’Association des Amis de Jean Zay, et présidente de Mémoires Plurielles, destinée à rassembler un réseau d’acteurs associatifs et institutionnels susceptibles de valoriser les mémoires des migrations dans la région Centre.

Hélène reviendra à plusieurs reprises sur les liens étroits entre son histoire personnelle et le cheminement de la mémoire collective, entre sa détermination à lutter contre l’oubli et à rendre justice à la mémoire de son père et son combat pour honorer celle des enfants du Vel d’Hiv.

Hélène Mouchard-Zay portera dans tous ses combats une fidélité absolue aux valeurs humanistes et républicaines, à l’éducation et à la culture.

Hélène Mouchard-Zay était Commandeur de la Légion d’honneur.

Invitée le 16 septembre 2018 au Mémorial de la Shoah pour la Hazkarah, Hélène Mouchard-Zay revenait sur le sens de son engagement : « Bien qu’indispensables, la connaissance de l’histoire ne suffit pas, non plus que les commémorations, si émouvantes soient-elles : car l’émotion peut disparaître aussi vite qu’elle est venue. Il n’existe aucun vaccin contre des récidives mortelles. Seule l’éducation, qui apprend, patiemment, à penser par soi-même, à déconstruire les stéréotypes, à analyser des situations complexes afin d’échapper aux manipulations, seule l’éducation peut prémunir contre de futures catastrophes. Il faut éduquer, patiemment, obstinément, afin de donner aux jeunes les armes intellectuelles pour résister à toutes les tentatives d’embrigadement, les aider à acquérir la force morale pour résister aux tentations de l’égoïsme, de l’indifférence, aux lâches soulagements de démissions, petites ou grandes. »

Le Mémorial de la Shoah salue la mémoire d’Hélène Mouchard-Zay, une grande figure de la mémoire de la Shoah et une grande humaniste, une femme de conviction, de dialogue et d’action, et présente à son époux Claude, à leurs fils Jean et Daniel, et à sa famille ses plus sincères condoléances.