Mémorial de la Shoah

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« C’est demain que nous partons »

Dans le cadre de la 80e commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv (16 et 17 juillet 1942)

À partir du 10 mai 2022, le CERCIL présente une sélection de lettres d’internés des camps de Drancy et du Loiret, dans son exposition « C’est demain que nous partons. » Lettres d’internés, du Vel d’Hiv à Auschwitz.
Trésors des familles, ces lettres sont le témoignage bouleversant de l’humanité derrière les noms et les nombres. Écrites au Vel d’Hiv, à Drancy, dans le Loiret, à Pithiviers ou Beaune-la-Rolande, ces lettres font résonner, 80 ans plus tard, les voix de leurs auteurs dans les lieux de mémoire de la Shoah en France.

A partir de la fin de l’année 1940, des dizaines de milliers de Juifs se retrouvent enfermés dans les camps d’internement de la zone libre puis dans ceux de la zone occupée. Leur seul lien avec l’extérieur est alors la correspondance qu’ils peuvent parfois faire parvenir à leurs proches. Avec le déclenchement de la « Solution finale » en 1942 et les déportations, ce fil ténu maintenu avec l’extérieur se transforme en adieux avant la déportation. Ces lettres constituent souvent les dernières traces laissées par les victimes à la veille de leur départ, ou même parfois écrites depuis les wagons les emmenant « vers l’Est ». Envoyées depuis les camps d’internement, depuis Drancy ou jetées des trains, ces billets et cartes postales sont les derniers mots des victimes de la Shoah parvenus à ceux qu’ils aimaient.

Traduits, retranscrits, les originaux et fac-similés seront étayés de photographies et d’objets liés à la correspondance. Des éléments historiques permettront de mettre en lumière l’importance de la correspondance dans la Shoah, pendant et après la guerre, et son rôle essentiel dans la transmission de la mémoire et de l’histoire du génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale.


Mardi 10 mai à 18h
Mardi du CERCIL
Inauguration, présentation de l’exposition et conférence par la co-commissaire d’exposition Karen Taieb, responsable des archives du Mémorial de la Shoah

Samedi 14 mai à 18h et 20h
LA NUIT DES MUSEES
Visites commentées de l’exposition temporaire

Raphaël Esrail

Raphaël Esrail n’est plus. Le Cercil perd un grand ami, qui fut toujours présent à ses côtés. Résistant et déporté, inlassable témoin, il a consacré toute sa vie à transmettre et faire vivre cette mémoire, se projetant vers le futur afin, comme il l’écrivait lui-même, de dessiner « au fil des engagements, des textes, des témoignages, une espérance, celle de l’émergence d’un monde meilleur, plus juste »

Notre tristesse est profonde. L’équipe du Cercil.

Né le 10 mai 1925 à Magnésie (Turquie) dans une famille juive qui émigre en France l’année suivante, membre de la résistance juive à Lyon pour la confection de faux-papiers, arrêté puis interné au camp de Drancy, il est déporté à Auschwitz-Birkenau par le convoi n°67 du 3 février 1944. Il survit aux conditions inhumaines du travail forcé qu’impose la “solution finale”, il affronte les “marches de la mort” à partir du 18 janvier 1945. Libéré par les troupes américaines le 25 avril, il retrouve celle qui deviendra sa femme, elle aussi déportée à Auschwitz-Birkenau et survivante, témoignant pour elle et pour ceux qui ne sont plus dans son bel ouvrage, L’espérance d’un baiser.

Cette profonde et juste autobiographie publiée en 2017 (Robert Laffont) éclaire l’oeuvre de connaissance et de transmission que Raphaël Esrail réalise à l’Union des Déportés d’Auschwitz. Il en devient le secrétaire général en 1986, puis le président en 2008, y poursuivant une mission de savoir et de résilience que les survivants se sont donnée, en mémoire de tous leurs camarades disparus et pour l’éducation des nouvelles générations de France et d’Europe.

Sous sa présidence, avec les grandes compétences humaines qu’il sait mobiliser, l’engagement de l’Union des Déportés d’Auschwitz acquiert une force et un rayonnement exceptionnels, dans le recueil de la mémoire des témoins de la Shoah, dans sa valorisation par la conservation et la recherche, dans l’action éducative et pédagogique à laquelle se voue l’institution. Le bilan de son oeuvre est remarquable, décidant de l’avenir de l’UDA et de la poursuite de ses activités imaginées et assumées par lui, particulièrement ces dernières années alors que décèdent les anciens déportés, ses camarades. Infatigable témoin, président visionnaire, personnalité hors du commun, Raphaël Esrail n’est plus mais son œuvre demeure et restera vivante. Sa présence nous entoure de sa bienveillance et de son intelligence, elle nous commande d’agir en suivant ses traces. Il avait compris dès l’origine que seule l’humanité retrouvée et reconstruite ensemble, par l’éducation, par la connaissance, par la paix, pouvait repousser l’inhumanité extrême qu’il avait affrontée au centre du génocide des Juifs d’Europe.